2011 : Les droits des femmes sur des sables mouvants !

Posté le 24 janvier 2012 par Fatima Benomar dans S'INFORMER



2011 : Les droits des femmes sur des sables mouvants !

En 2011, les droits des femmes et le combat féministe n’ont pas cessé. www.placeaupeuple2012.fr a fait le point. Avec en tête l’espoir que 2012 soit meilleure. Co-écrit avec Delphine Beauvois.

1) Le féminisme en luttes pour l’égalité sociale :

Comme chaque année, la journée du 8 mars, journée internationale des droits des femmes, nous a donné l’occasion de faire parler des inégalités et d’en dresser les bilans. A l’Assemblée nationale, notre députée et co-présidente du PG Martine Billard en a profité pour interroger le gouvernement sur les inégalités salariales qui s’élèvent aujourd’hui à 27%, et pour proposer au nom de notre groupe parlementaire une loi qui sanctionne efficacement les entreprises qui ne respectent pas l’égalité.

L’année 2011 ayant été également le théâtre des flamboyantes révolutions du printemps arabe, le mouvement féministe a décidé de faire de ce 8 mars une journée de solidarité internationale avec la révolte des tunisiennes, des égyptiennes et d’autres femmes des pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Hélas, l’histoire nous apprendra une fois encore que les révolutions ne sont pas forcément synonymes de conquêtes féministes, même quand les femmes ont été en première ligne des mobilisations pour la démocratie.

La manifestation unitaire du 5 mars a donc sciemment défilé devant les ambassades d’Algérie, d’Iran et d’Égypte, pour exiger des États de droit et laïcs, le rétablissement des libertés individuelles, l’abrogation du Code de la famille et l’égalité des droits.

Quelques jours plus tard, le 22 mars, Martine Billard a de nouveau pris la parole à l’Assemblée nationale pour dénoncer l’inefficacité de la proposition de résolution de l’UMP sur l’égalité femmes/hommes. C’était sans compter, à la fin du mois de mars, la dernière trouvaille du service public de l’emploi !
Comme les entreprises sont apparemment exemp­tées d’assumer leurs responsabilités, Pôle Emploi a décidé d’apprendre aux chômeuses et aux chômeurs à se vendre en accueillant des ateliers de
« relooking » où les femmes sont invitées à se plier à des séances de remise en beauté, avec au menu : coiffure, maquillage, manucure, vêtement… « Maintenant, vous n’avez plus d’excuses ! » Bien sûr, en parallèle de cette lamentable fadaise, le gouvernement a renvoyé à l’après 2012 l’application de leur décret qui condamnait à de minces pénalités les entreprises qui n’appliquaient pas de mesures en faveur de l’égalité.

Décidément, le CNDF (Collectif National Droits des Femmes) a été bien inspiré de ne rien attendre de leurs initiatives en lançant de leur côté la campagne « Égalité des salaires entre les femmes et les hommes, maintenant » que le Front de Gauche a bien évidemment soutenue.

Le 28 juin, nouvelle attaque : le Samu Social du CHU (Centre d’Hébergement d’Urgence) Yves Garrel, seul centre qui accueillait les femmes en grande précarité, a fermé ! Le Front de Gauche a joint ses protestations à celles de nombreuses associations féministes qui se sont rassemblé le mercredi 29 juin devant le centre sacrifié.

Les 2 et 3 juillet, 44 associations féministes et plus de 600 participant-e-s étaient présent-e-s à Evry pour les Rencontres d’été « Féministes en mouvements » avec au programme : débats, rencontres, ateliers, librairie féministe, et pour finir un appel unitaire qu’a participé à amender Delphine Beauvois (PG) en sa qualité de militante associative à la Maison des Femmes de Montreuil. Bien qu’un appel si largement signé ne peut être qu’assez consensuel, nous pouvons nous réjouir d’avoir vu tant d’associations rassemblées pour échanger et construire ensemble des revendications.
Le 12 juillet, c’est au tour de l’intersyndicale du « Service des Droits des Femmes et de l’Égalité » de tirer la sonnette d’alarme en dénonçant quatre ans de démantèlement impitoyable et de manque de moyens. Tandis que le service est dissout dans une grande direction dite de la « cohésion sociale », beaucoup d’association de défense des droits des femmes se plaignirent également de la rigueur qui s’abattait sur leurs subventions. Nous étions d’autant plus indignés que les inégalités entre les femmes et les hommes ne cessaient, elles, de se creuser avec la crise. Par ailleurs, dans un pays où une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son compagnon, et où une femme est violée toutes les sept minutes, NOUS NE POUVONS PLUS faire l’économie d’une réel Ministère et une administration dédié‐e‐s aux droits des femmes. L’histoire récente de la conquête des droits des femmes nous l’a trop apprise : seule une politique volontariste peut aboutir à des avancées.

En septembre, le bilan des inégalités est si alarmant que la 76e édition de la Fête de l’humanité s’est ouverte sous le chapiteau de l’Agora avec un débat baptisé « Les femmes l’ouvrent ». « Nous devons réussir à créer un langage où les femmes existent, ne sont pas invisibles » déclare Marie-Georges Buffet. « On aime souvent se réclamer du combat des citoyens, des ouvriers… mais on oublie toujours de citer les citoyennes, les ouvrières ! »

La fête a aussi été le théâtre du lancement du « Front pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes » en présence de Delphine Beauvois du PG, de Laurence Cohen du PCF, de Clémentine Autain de la FASE, de Stéphanie Treillet de Convergences et Alternative et de Marie-Pierre Toubhans de la GU, ainsi que de représentantes de plusieurs associations. Nous nous étions par ailleurs déjà réunies lors du premier Forum partagé féministe du 20 mai à Ivry, pour rédiger ensemble un appel commun à intégrer à notre programme « L’humain d’abord’.

Fin novembre, bonne nouvelle : le Front de Gauche a accueilli avec enthousiasme le soutien de l’association « Femme Egalité » au Front de Gauche pour les présidentielles et les législatives de 2012. Nous ne pouvions que souscrire à l’analyse qu’elles ont faite de la dégradation des droits des femmes, premières victimes de la crise et des politiques d’austérité. Nous n’attendions, à vrai dire, pas moins d’une organisation qu’on a toujours vu se battre à nos côtés contre la réforme des retraites, pour l’augmentation des salaires, pour un réel service publique de la petite enfance, contre les fermetures de centres d’IVG et de maternités, sans oublier les travailleuses sans-papiers qui font preuve d’un courage et d’une détermination sans bornes pour être régularisées.
Aujourd’hui encore, et cela va en s’aggravant, 80% des travailleurs pauvres et 83% des travailleurs à temps partiel sont des femmes, alors ne baissons pas notre garde !

2) Notre corps nous appartient !

Il faut le reconnaitre, en matière de droit à disposer de son corps, l’année a plutôt bien commencé ! Nous avons pu saluer, dès janvier, le succès de la lutte qu’a menée l’increvable collectif pour la réouverture du centre IVG de l’hôpital Tenon, après quinze mois d’action et de manifestations d’une ténacité exemplaire. Le centre avait fermé en juillet 2009 et n’a donc rouvert ses portes que sous la pression de cette mobilisation à laquelle le Front de Gauche avait activement participé.

Mais le droit à l’avortement a aussi eu sa part de mésaventure en 2011. Outre que la loi HPST continue à entrainer la fermeture de nos hôpitaux de proximité et des centre IVG qui vont avec, des rassemblements anti-avortement, appelés par le collectif catholique intégriste « SOS tout-petits », ont organisé des prières publiques plusieurs samedi face au centre IVG de Tenon depuis le 17 septembre. Et comme il était hors de question de leur céder la place, nous étions également là pour leur tenir tête et montrer que les progressistes étaient plus nombreuses/x et plus mobilisé-e-s qu’ils ne pensaient.

Les centres IVG ne furent pas les uniques victimes collatérales des politiques libérales. La Maternité des Lilas, lieu symbolique des luttes féministes, défendait depuis sa création en 1964 une tradition inégalée d’écoute, de prise en charge et d’accompagnement de la grossesse et de l’accouchement. Elle assure environ 1700 naissances et 1200 IVG par an. Or l’Agence Régionale de Santé, chargée par l’État de mettre en œuvre la casse des services publics dans le secteur de la santé, a remis en cause des engagements qui prévoyaient la reconstruction de la maternité. Un collectif s’est donc constitué et appelé, entre autres, à la manifestation nationale du samedi 24 septembre, où les militant-e-s du Front de Gauche ont battu le pavé aux côtés de notre candidat Jean-Luc Mélenchon et de notre députée Marie-Georges Buffet.

3) Sexisme et violences :

Le 18 février, nous avons été tout bonnement éberlués et indignés face au sexisme qui s’était immiscé, comme c’est souvent le cas, dans la vie sociale et professionnelle des femmes. Le site « Sensuel Clean Service » ne proposait ni plus ni moins que de mettre à la disposition de ses clients des femmes de ménage en petite tenue. Pourtant, l’un des acquis majeurs de la lutte féministe pour l’égalité et la dignité a été que les femmes ne soient plus sexuellement corvéables au boulot, raison pour laquelle la maire communiste de Vénissieux, Michèle Picard, a porté plainte pour atteinte grave à la dignité humaine et contre la marchandisation du corps humain, aidée en cela par des associations féministes locales. Victoire : le site est aujourd’hui fermé !

Quelques temps plus tard, c’est la question de la prostitution qui a enflammé le débat public ! Le 14 avril, l’acteur Philippe Caubère a pris la plume pour défendre la sexualité tarifée au nom d’une liberté soit-disant « libre et non faussée », et dénoncer le projet de loi qui entend pénaliser les clients de la prostitution. De notre côté, l’élu communiste Ian Brossat lui a adressé une lettre ouverte arguant que la prostitution ne fait que perpétuer l’exploitation du corps des femmes et en fait un objet coté, monnayé, bref marchandable. Par conséquent, nous assumions notre lutte pour un monde sans prostitution, et sans le chantage d’un client qui exploite la misère de l’autre pour avoir accès à son sexe. Un monde où la sexualité est librement consentie et gratuite entre deux êtres égaux.

Coup de tonnerre en juin ! Suite à l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, accusé de harcèlement sexuel à new-York, « nous sommes abasourdies par le déferlement quotidien de propos misogynes tenus par des personnalités publiques » avons-nous dénoncé en tant que signataires d’une pétition initiée par les associations Osez le féminisme, La Barbe et Paroles de femmes. Le déferlement quotidien de propos misogynes, tenus par des personna­lités publiques, furent largement relayés sur nos écrans, postes de radios, lieux de travail et réseaux sociaux, allant du « il n’y a pas mort d’homme » au « troussage de domestique » en passant par « c’est un tort d’aimer les femmes ? »

Le rassemblement appelé par les trois associations eut un extraordinaire succès, et notre députée Martine Billard, ainsi que Clémentine Autain qui s’était déjà exprimé médiatiquement, ont pu expliquer leur indignation à 3000 personnes en face du centre Pompidou. Pendant ce temps, Jean-Luc Mélenchon et Marie-Georges Buffet dénonçaient dans les médias et sur leurs blogs la dévalorisation de la parole féminine dans les affaires de viol.
En août, l’affaire a abouti à l’abandon des poursuites pénales engagées par Nafissatou Diallo. Cela ne signifiait rien en terme d’innocence ou de culpabilité, la justice américaine avait simplement considéré qu’elle n’avait pas de preuves suffisantes pour aller au procès. Toujours aussi vigilent à ce que ce rebondissement n’ouvre ni ne justifie les vannes du sexisme ou de la banalisation du viol, nous avons aussitôt rappelé via un communiqué de presse que 75 000 femmes sont violées par an en France, et que seuls 2% des violeurs sont condamnés.

Les violences faites aux femmes allant de pair avec les idéologies machistes répandues dans la société, notre conseillère régionale PG Pascale Le Néouannic s’est émue sur son blog, le 27 septembre, de la promotion du misogyne David Douillet devenu ministre des sports. Dans son livre « L’âme du conquérant », il avait entre autre dit : « Une femme qui se bat au judo ou dans une autre discipline, ce n’est pas quelque chose de naturel, de valorisant » et d’ajouter : « Pour l’équilibre des enfants, je pense que la femme est mieux au foyer ». Enfin, pour se défendre d’être misogyne, il s’est rattrapé en proférant une justification homophobe : « On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes ! »

Bonjour l’égalité à venir dans le monde du sport !
Les mois passent et le sexisme ne désarme pas. Le 3 octobre, des dérapages se sont cette fois-ci exprimé sur RMC pendant l’émission sportive animée par Vincent Moscato, tandis que les protagonistes commentaient le harcèlement sexuel dont avait été victime la femme de ménage d’un hôtel de la part de joueurs de l’équipe anglaise de rugby. Les invités comme les chroniqueurs se sont livré a un déchaînement de propos machistes dont voici quelques perles :

« La vie de groupe c’est d’aller sortir le chichi à la femme de ménage », « Tout le monde l’a fait » et surtout « c’est peut-être ça qui manque à l’équipe de France » sous prétexte que ça souderait une équipe, ce qui s’apparente à une incitation aux violences sexuelles !

En attendant les prochaines élections où nous défendrons le renforcement de la loi contre les violences faites aux femmes et une grande loi contre le sexisme, nous nous sommes réjoui de la réaction du CSA qui a envoyé à la station de radio une lettre de mise en garde après que l’association Osez Le Féminisme l’ait saisi.

Quelques jours plus tard, Clémentine Autain a sorti son livre « Un beau jour, combattre le viol » aux éditions Indigène, un très bon outil pour déconstruire les préjugés qui contribuent à faire du viol un phénomène mal analysé et inefficacement combattu. Beaucoup pensent en effet que ce crime frappe en majorité des femmes dans des conditions exceptionnelles d’exposition à la violence, en s’imaginant que la concernée traversait ce soir-là une rue déserte en mini-jupe et qu’elle tombait sur un voyou aviné. Or 74% des viols sont commis par une personne connue de la victime, 25% des violeurs sont un membre de la famille, et dans 34% des cas, le viol est commis au sein du couple.

Rappelons-le une nouvelle fois : Le viol est un crime ! Le violeur peut aussi être votre parent, votre ami ou votre mari, qui ne sont en rien autorisés à abuser de vous. Enfin, rien ne banalise un viol : même si elle a accepté de monter boire un verre, même si elle dort dans le même lit, même s’ils ont déjà échangé des caresses… au moment où elle dit non, c’est non !

La sortie du livre tombait à pic. A peine un mois plus tard, le 5 novembre, avait lieu la manifestation contre les violences faites aux femmes. Celles-ci peuvent aller de l’insulte au meurtre, en passant par l’expression quotidienne du sexisme ordinaire : la main aux fesses dans le métro, les sifflets méprisants dans la rue, la fille obligée de s’habiller en jogging pour avoir la paix, celle qui rentre tard et regarde sans cesse derrière elle pour voir si personne ne la suit, les coups, le harcèlement sexuel au travail, la voisine qu’on entend crier, la mère qui se prostitue pour arrondir les fins de mois, enfin celle qui meurt sous les coups de son conjoint et celles, plus nombreuses évidemment, qui n’en sont pas encore mortes.

Cette manifestation a été l’occasion d’exiger une loi cadre contre les violences faites aux femmes, ambitieuse, efficace et complète, contrairement à celle, votée en 2010, qui avait laissé de côté de nombreuses revendications. A l’occasion de la journée internationale du 25 Novembre, journée de lutte contre la violence faites aux femmes depuis 1999, le PGE (Parti de la Gauche Européenne) en a profité pour mettre en avant plusieurs revendications, dont la séparation stricte de la sphère religieuse et politique, pour faire reculer tous les modèles de sociétés patriarcaux qui existent encore en Europe et dans le monde.

Pendant ce mois de novembre, nous avons également réaffirmé notre volonté de combattre la prostitution, d’une part en soutenant le mouvement « abolition 2012″ dont vous pouvez signer l’appel sur internet, et en nous positionnant vis-à-vis de la résolution déposée à l’Assemblée nationale, débattue le 6 décembre, qui réaffirme la position abolitionniste de la France. Nous avons aussi rappelé que nous nous opposions toujours à la loi sur le racolage passif de 2003, qui n’a eu pour effet que de rendre moins visible la prostitution et de précariser les prostitué-e-s. Marie-George Buffet avait déjà proposé, en tant que députée, une loi contre la marchandisation des corps qui comporte des mesures de prévention et d’accompagnement des personnes prostituées.

Enfin, bonne nouvelle pour boucler l’année : À l’occasion de l’adoption du budget du Conseil régional d’Île-de-France, le Front de gauche a fait adopter la création en 2012 d’un Observatoire régionale contre les violences faites aux femmes, histoire d’étendre le dispositif qui a fait ses preuves en Seine-Saint-Denis, premier et seul département à s’être doté il y a 10 ans d’un tel Observatoire. Ce dernier aura pour mission de mieux rendre visible les violences sexistes, de mener des campagnes de prévention et de mettre en place des mesures de protection nouvelles.

4) Questions de genre :

Dès le 11 février, l’Assemblée Nationale s’est signalé par une décision réactionnaire au sujet de la PMA (Procréation Médicalement Assistée) qui permet à divers couples d’avoir des enfant nonobstant les obstacles d’ordre physique ou pathologique. Martine Billard avait déposé, avec Noël Mamère pour les verts, des amendements au « projet de loi bioéthique » afin de permettre aux couples lesbiens, entre autres, d’avoir accès à la PMA via l’insémination artificielle. Mais l’Assemblée Nationale les a repoussé dès l’examen en commission, ayant sans doute « urtiqué » à l’idée de permettre aux coupes lesbiens de fonder une famille. La PMA reste donc uniquement ouverte aux couples hétérosexuels, et la France continue à nier la diversité des modèles familiaux qui existent en son sein.
De notre côté, nous défendons toujours le principe de la filiation par la parentalité sociale et les droits des familles homoparentales ou recomposés. En cela, l’accès à la PMA aurait pu être, pour les couples lesbiens, une belle avancée sociale vers l’égalité… RDV en avril et mai 2012 ?

Quelques mois plus tard, le 31 août, les députés UMP ont encore fait des leurs ! Tandis que nous considérions que l’introduction dans les nouveaux manuels scolaires de SVT d’un chapitre « Devenir homme ou femme » était essentiel pour déconstruire les préjugés sur les natures dites féminine ou masculine, ces députés, convaincus sans doute qu’il existe une essence féminine ou masculine qui empêcherait les individus de s’émanciper des comportements qu’elle leur dicte, n’ont pu souffrir que que les manuels tiennent compte de l’évolution des connaissances scientifiques sur ces questions. 80 députés UMP et Nouveau centre ont donc soutenu l’initiative d’associations familiales catholiques traditionalistes en se gendarmant contre ce projet, pour demander au ministre de l’Éducation nationale de retirer ce chapitre qu’ils ne sauraient voir. Heureusement, ils n’ont pas eu gain de cause… encore.

Le 11 octobre 2011, Martine Billard remonte au Front à l’Assemblée Nationale pour interroger le garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, sur la question du droit au changement de genre enregistré à l’état-civil pour les personnes engagées dans un parcours transgenre ou transsexuel. Pour elle comme pour nous, le droit de vivre socialement son identité de genre est une liberté émancipatrice fondamentale de l’être humain. En France, les juges refusent toujours de prononcer le changement d’état civil tant qu’un médecin n’a pas certifié que le changement de sexe est physiologiquement irréversible, et les recommandations d’une circulaire ministérielle de mai 2010 adressée aux procureurs des cours d’appel n’a eu aucun effet sur les jugements rendus depuis.

Le lendemain, elle repartait à la charge pour soutenir la campagne lancée par Osez Le Féminisme et Les chiennes de garde pour supprimer la case Mademoiselle dans les documents administratifs, et a interrogé le ministre de l’Intérieur sur la persistance discriminatoire de la civilité « Mademoiselle », utilisée en concurrence à « Madame », et des expressions « nom de jeune fille » et « nom marital » en dépit d’une circulaire de 1974 qui précise que « ces mentions n’ont aucune justification légale ou réglementaire ». Apparemment anodin, Martine Billard a vigoureusement rappelé que l’usage d’une civilité ou de l’autre a pour finalité de donner une information sur la vie privée des femmes de façon intrusive, d’où notre volonté de rédiger une circulaire commune à tous les ministères pour faire supprimer la civilité « Mademoiselle » et remplacer les expressions « nom de jeune fille » et « nom marital » par « nom de naissance » et « nom d’usage », dans les relations entre les usagers et l’administration.