Amis socialistes, qu’attendez-vous pour rejoindre Jean-Luc Mélenchon ?

Posté le 19 janvier 2012 par Alexis Corbiere dans AU COEUR DE LA CAMPAGNE, S'INFORMER



Amis socialistes, qu’attendez-vous pour rejoindre Jean-Luc Mélenchon ?

Alors que la France a perdu son triple A, le candidat « de la résistance » face à la finance, Jean-Luc Mélenchon, signe une rentrée fracassante. Son premier meeting de campagne a réuni 6000 personnes et le Front de gauche est crédité de 8.5% des intentions de vote au premier tour de la présidentielle. Que lui manque-t-il pour dépasser les 15% ? Réponse d’Alexis Corbière, secrétaire national du Front de gauche. Publié sur le leplus.nouvelobs.com

C’est à la fin du magnifique meeting de Jean-Luc Mélenchon, samedi dernier au Zénith de Nantes, que mentalement j’ai commencé à vous écrire cette lettre. Manœuvre de circonstances, pensez-vous ? Détrompez-vous. Après avoir un temps hésité, je me suis résolu à vous l’envoyer avec le fol espoir, que, peut-être, vous me liriez.

Au milieu des centaines de drapeaux et des applaudissements, emporté par l’ambiance incroyable qui y régnait, j’ai ressenti subitement comme une absence. La vôtre. C’est assez paradoxal, j’en conviens, mais c’est ainsi.

Car, dans la salle, nous étions 6000 ! C’était le plus important meeting dans une salle depuis le début de cette campagne présidentielle, tout candidat confondu. Un énorme succès militant dont, je dois l’avouer, nous ne nous entendions pas nous-mêmes à ce qu’il atteigne une telle ampleur. Des femmes et des hommes de toutes les histoires de la gauche, de toutes les générations, s’était réunis cet après-midi.

Amis socialistes, vous me manquez

6000 à Nantes, oui 6000. Et pour l’essentiel, vous n’y étiez pas. C’est pourquoi, je vous écris pour vous dire finalement une chose simple et directe : amis socialistes, vous me manquez, vous nous manquez.

Je ne parle pas là de vos rivalités internes fratricides et hermétiques. C’est avec soulagement que je ne les partage plus. C’est sans regret que je ne rencontre plus cette face obscure de la vie militante du PS qui m’exaspérait. Ce qui me manque, c’est vous, avec vos défauts et vos qualités, vous, cette partie si dévouée du peuple de gauche qui veut en finir sincèrement avec la politique injuste de Nicolas Sarkozy.

Car enfin, où êtes-vous ? Nous traversons l’une des plus graves crises économiques depuis la deuxième partie du XXe siècle, une droite réactionnaire porte des coups inouïes contre des acquis sociaux que nous avons mis tant de temps à construire, par des mobilisations sociales et des victoires électorales si difficile. Et, je dois l’avouer, je ne vous vois pas, ou si peu.

Où êtes-vous les 17% de participants, soit 455.000 personnes, qui ont voté à la primaire socialiste pour la candidature d’Arnaud Montebourg qui avait porté, avec tant de talents, nos idées communes ? Je ne vous entends plus.

Pourtant, c’est ici et maintenant sans attendre qu’il faudrait se déployer et faire toujours entendre vos idées pour convaincre le plus grand nombre de nos concitoyens. Pourquoi restez-vous l’arme au pied ? De grâce, ne m’évoquez pas l’argument de la discipline interne socialiste depuis la désignation de François Hollande.

Arnaud, votre chef de file, s’est dit récemment prêt « à être exclu du PS« , car il refuse les conséquences en Saône-et-Loire de l’accord que votre parti a signé avec Europe Écologie ! Oui, il est prêt à rompre avec le PS sur une obscure histoire locale, sans réel contenu programmatique, mais ne défend plus publiquement ses idées, nos idées. Par contre, il respecte scrupuleusement la discipline quand il s’agit de laisser seulement François Hollande faire campagne sur une orientation aux antipodes de vos propositions.

Croyez-vous tout cela à la hauteur de ce que nous sommes en train de vivre ? J’avoue que je ne comprends plus. Où êtes-vous, les électeurs d’Arnaud Montebourg, mais aussi tous les autres dans le PS pour lesquels la gauche rime avec un grand changement social ?

Non, François, ce n’est pas comme ça que l’on va battre le sarkozysme

Approuvez-vous François Hollande qui, au congrès du SPD à Berlin le 5 décembre dernier, a déclaré « Vous avez fait des réformes importantes ici en Allemagne. En France, elles ont trop tardé » ? Par cette seule phrase, il justifie toutes les réformes anti-sociales d’Angela Merkel (et du social-démocrate Gerard Schröder et ses lois Hartz avant elle, ndlr) . Faut-il les énumérer ces « réformes importantes » pour ceux qui les auraient oubliées ? En voici quelques-unes : la hausse de la TVA de 3% (passant de 16 à 19%), la baisse des allocations chômage, la retraite à 67 ans, etc. Cela ne vous rappelle rien ?

Comment lutter contre Sarkozy en France, en approuvant quasiment la même politique outre-Rhin ? Ne croyez vous pas qu’il est temps de lui dire : non, François, ce n’est pas ainsi que nous battrons le sarkozysme !

Amis socialistes, croyez-vous efficace que votre candidat dise également, à cette même occasion, qu’il refusera demain de changer les statuts de la BCE, lui demandant seulement d’ »intervenir de façon mesurée contre la spéculation« , qu’il « respecte son indépendance [mais] souhaite qu’elle puisse élargir son rôle […] dans le cadre de ses actuels statuts » ? Amis socialistes, n’êtes-vous pas inquiets qu’il ait aussi ajouté à propos du contrôle des budgets par la Commission européenne qu’il « accepte une vigilance sur les budgets nationaux » ? Dans quelle instance du PS orientation a-t-elle été décidé ?

Il est temps aussi que vous disiez avec force à votre candidat qu’il a eu tort de déclarer le 12 décembre dernier sur RTL à propos de la retraite : « Je prends cet engagement : ceux qui ont commencé leur vie professionnelle à 18 ans, qui ont fait 41 années de cotisation, 42 ans, pourront partir à 60 ans. Ceux qui n’ont pas leur durée de cotisation, ne le pourront pas. » Il a tort, car cela revient clairement à accepter l’injuste augmentation du nombre d’années de cotisation mise en place par le gouvernement.

Êtes-vous aussi d’accord avec Jérome Cahuzac, ce député qui parle tant au nom de votre candidat, et qui répond à la proposition du Front de Gauche d’augmenter les salaires en des termes quasi identiques à ceux du patronat : « Augmenter le Smic à 1700 euros aura pour conséquence bien sûr d’augmenter le pouvoir d’achat des smicards, tant mieux pour eux, mais aussi d’écraser la pyramide des salaires, de compromettre peut-être encore la vitalité économique des entreprises. »

Le même Cahuzac précise que les 60.000 postes d’enseignants proposés par François Hollande ne le seront en réalité que par « redéploiement exclusivement » et il ajoute : « Des embauches supplémentaires dans l’Éducation nationale, je ne le conseillerais pas. » Quelques voix, de responsables de ce que l’on nommait autrefois la « gauche du PS », se sont enfin exprimées hier en jugeant que cette non-création de postes dans l’Éducation nationale « n’aurait aucun sens ». Ils ont raison.

Une seule voix fait entendre le socialisme authentique

C’est un bon début. Je suis heureux de constater que des choses commencent à bouger. Mais la crise est telle qu’une conscience de gauche ne peut avoir pour seule ambition que d’attendre que son candidat veuille bien prendre la mesure de la gravité de la situation.

Amis socialistes, le Front de Gauche vous propose désormais une autre stratégie, car la seule détestation du président actuel ne peut suffire pour faire gagner nos valeurs. Nous adressons au peuple souverain de façon directe nos idées et nos propositions.

Dans cette campagne, et vous savez que c’est une bonne nouvelle, une voix parle fort et parle clair notre langue commune, celle du socialisme authentique. À nouveau se fait entendre cette belle langue centenaire, mais encore si moderne, de ceux qui proposent le partage des richesses plutôt que la rigueur, à laquelle il est inepte de vouloir « donner du sens ». Cette voix, vous l’avez compris, c’est celle de Jean-Luc Mélenchon.

Amis socialistes, aidez-nous à la faire entendre davantage, rejoignez-nous. Agissons ensemble et parlons d’une même voix. Refusons ensemble les solutions absurdes qui échoueront en France comme elles ont échoué en Grèce, en Espagne et dans beaucoup d’autres pays. Manifestons ensemble devant Standard & Poor’s, ce thermomètre qui donne la fièvre. Ne vous résignez pas à penser : « Jean-Luc dit tout haut ce que je pense tout bas. Mais le 22 avril, je voterai ‘utile’. » Vous valez mieux que cela.

Non, dans cette élection présidentielle, quand on est de gauche, au premier tour, le seul vote utile, c’est de voter pour ses idées. Si vous les abandonnez en entrant dans l’isoloir, vous ne les retrouverez pas dans les résultats. C’est la seule façon la plus efficace de faire reculer l’extrême-droite.