Carnet de route à Lyon

Posté le 8 février 2012 par Place au Peuple dans S'INFORMER



Carnet de route à Lyon

Mardi 7 et mercredi 8 février 2012, Jean-Luc Mélenchon est en déplacement à Villeurbanne et Montpellier. Un récit de Souleymane Ba et des photos de Stéphane Burlot.

Départ de Paris, direction Lyon – 11h
Jean-Luc et toute l’équipe s’installent dans le train. Au moins une dizaine d’exemplaires de Libération circulent de mains en mains. Pour beaucoup d’entre-nous, cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas acheté Libération. Le soutien indéfectible de Libé et de Serge July au référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005 a laissé des traces. Mais aujourd’hui Jean-Luc est à la une de Libé et 9 pages du journal sont consacrées au Front de Gauche et à son candidat. Tout le monde épluche le journal. Que va t-il en ressortir ? Comment ces pages vont-elles être ressenties par les camarades, les sympathisants, le peuple de gauche ? A côté de la photo de Jean-Luc, Libé titre « Il faut frapper, frapper, frapper ». Nous sommes un peu déçus car ce titre oublie de préciser que c’est la finance que le Front de Gauche entend « frapper ». Mais au moins, ce titre a le mérite d’afficher notre détermination.
Tout le monde continue à éplucher la presse du matin. Jean-Luc s’insurge devant les déclarations du P-DG de GDF-Suez, Gérard Mestrallet, qui déclare dans le monde que « privilégier les énergies renouvelables pénaliserait notre compétitivité ». Quelle irresponsabilité ! L’ampleur de la crise écologique est un facteur bien plus important que des critères de rentabilité ou de compétitivité.

Il est temps pour Jean-Luc de retourner à la préparation de ses discours. Il faut continuer à préparer le discours de ce soir mais également celui pour Montpellier demain soir. Lister les différents points à aborder, réfléchir à l’articulation, réviser les citations, etc… Préparer un discours, c’est du travail. Il faut également trouver les « bon mots », les « petites piques », les traits d’humour qui sont très utiles politiquement.

Des journalistes sont présents dans le même train que nous. Ils demandent à discuter une petite demi-heure avec Jean-Luc. Une rencontre s’improvise dans la voiture-bar. La discussion s’engage sur les derniers événements de l’actualité politique. Faut-il remettre en cause le système des 500 parrainages nécessaires pour se présenter à l’élection présidentielle ? Jean-Luc rappelle son profond rejet de la Vème République et de son monarque présidentiel. Ceux qui ont inventé ce système doivent se débrouiller avec. Quant à l’anonymat des signatures cela est contraire au statut même de l’élu qui se doit de rendre compte de ses choix devant les électeurs. Enfin, Jean-Luc revient sur les dernières déclarations de Claude Guéant. Il explique aux journalistes présents comment ces déclarations sont dans la droite ligne du choc des civilisations de Samuel Huntington.

Un contrôleur vient à notre rencontre. Syndicaliste, il sera présent ce soir au meeting de Villeurbanne. Il informe Jean-Luc que plusieurs contrôleur du pôle SNCF de Lyon seront également présents ce soir. Ce genre de nouvelles donnent toujours du courage pour continuer le combat. Le contrôleur nous explique comment beaucoup de personnes, et notamment chez les cheminots, disent retrouver l’espoir avec le Front de Gauche.

Jean-Luc termine sa conversation avec les journalistes. Il raconte avec émotion sa rencontre la veille avec les habitantes du foyer internationale des travailleuses. C’est bouleversé que Jean-Luc est sorti de cette rencontre. Comment se fait-il qu’il n’y ait que 60 places d’hébergement pour des femmes battues à Paris ! Alors même que des centaines d’appartements sont aujourd’hui inoccupés ! Il est urgent de mettre en place de véritables solutions pour permettre la réquisition des logements vides. Il est temps pour Jean-Luc de retourner s’asseoir au calme afin de préparer la rencontre de cet après-midi avec les salariés d’Arkema, le premier groupe français chimique menacé par des actionnaires spéculatifs anglo-saxons.

Saint-Fons – 14h30
Nous arrivons sur le site d’Arkema à Saint-Fons. Plus d’une centaine de salariés sont regroupés devant l’usine pour nous accueillir. Les saucisses et merguez grillent sur le barbecue pendant que les salariés en lutte préparent des sandwichs pour tout le monde. Mais avant de pouvoir manger un petit morceau, Jean-Luc part rencontrer les représentants syndicaux dans une salle de réunion. Des représentants de la CGT, de la CFDT et de la CFE-CGE exposent la situation à Jean-Luc. Arkema est le premier groupe chimique français. Issu de Total, ce groupe est organisé en trois branches : un pôle de chimie industrielle, un pôle de « produits de performance » ainsi qu’un pôle de produits vinyliques. C’est dans ce dernier que travaillent les salariés présents aujourd’hui. Arkema souhaite en effet se débarrasser de sa branche vinylique en la vendant pour un euro symbolique à Garry Klesch, un financier américain basé en Suisse et spécialisé dans le rachat d’entreprises en difficulté. Mais les antécédents de Garry Klesch sont bien connus. En 2007, il a par exemple racheté une fonderie tout à fait rentable. 4 ans plus tard, 610 salariés se retrouvent au chômage. Les salariés d’Arkema n’entendent pas se laisser racheter par Garry Klesch qui n’est pas un investisseur mais un véritable « dépeceur ».

Jean-Luc écoute attentivement la situation exposée par les salariés. Le cas d’Arkema est pour lui tellement caricatural qu’on pourrait penser qu’il s’agit d’un « exemple directement sorti d’un manuel anticapitaliste ». En effet, alors que la branche vinylique est tout à fait capable de produire une rentabilité de 5 à 10%, les financiers veulent s’en débarrasser. Pour eux, seule une « profitabilité » de plus de 20% est acceptable, quitte à se débarrasser sans scrupules de milliers de salariés. Comme l’expliquent les salariés du site de Saint-Fons, la disparition d’emplois dans cette usine aura des répercussions dans l’ensemble du bassin d’emploi. Pour 1 emploi supprimé à Arkema Saint-Fons, ce sont 3 emplois indirects supprimés avec toutes les conséquences que cela implique : fermeture de commerces, d’écoles, etc.

A 15 heures une prise de parole est organisée dans la cantine de l’usine. Les délégués syndicaux se succèdent à la tribune et expriment leur volonté de continuer le combat. Jean-Luc se félicite de voir une si belle unité, élément indispensable à la lutte syndicale et politique. La seule limite à l’exploitation, c’est la résistance à l’exploitation, rappelle-t-il. L’ensemble des salariés crient en cœur « Résistance ! Résistance ! ». A 15h30, il est déjà temps de repartir. Le P-DG d’Arkema, Thierry le Hénaff, vient saluer rapidement Jean-Luc. Il explique que Jean-Luc est le bienvenu pour visiter l’usine. Mais le P-DG ne veut pas que les délégués syndicaux l’accompagnent. Un comble ! Des personnels élus au Comité d’entreprise ne pourraient pas accompagner un élu de la République dans leur propre lieu de travail. Jean-Luc refuse donc cette visite.

Villeurbanne – 16h
Nous arrivons à Villeurbanne, dans la salle du Double mixte. Les camarades du Front de Gauche sont à pied d’œuvre depuis plusieurs jours pour que le meeting de ce soir soit un nouveau succès. 4 heures avant le meeting, ils sont déjà nombreux pour assurer les différentes tâches d’un tel événement : décoration de la salle, installation de la librairie militante, service d’ordre, etc. Pendant que tout le monde s’active, Jean-Luc s’enferme dans sa loge pour préparer son discours. Nous le laissons tous travailler. Secret professionnel préservé.

Salle du Double Mixte à Villeurbanne – 19h30
19h30, ouverture des portes de la salle du Double Mixte à Villeurbanne. Les premiers arrivés courent pour être certain d’être au premier rang pendant le meeting. 
Ce soir, c’est une grande première pour le Front de Gauche car ce sont plusieurs meetings qui ont lieu en même temps. Sous la salle du meeting, il y a en effet une deuxième salle où les discours sont diffusés en vidéo. Le meeting est également diffusé sur internet ce qui permet à des milliers de personnes de le suivre en direct depuis chez elles où dans les écoutes collectives comme celle organisée à l’Usine, le siège de campagne du Front de Gauche aux Lilas.

La première salle se remplit en quelques minutes. Très vite, la capacité maximum de 4 000 personnes est atteinte. La salle du sous-sol se remplit également très vite si bien que les organisateurs sont obligés de démonter de toute urgence les stands installés afin de faire de la place pour plus de 2 000 personnes obligées d’attendre dans le froid à l’extérieur.
Beaucoup de jeunes sont présents ce soir. Pour de nombreuses personnes, il s’agit de leur premier meeting politique. Chose assez rare dans les meetings politiques traditionnels, mais de plus en plus fréquent au Front de Gauche, des dizaines d’ouvriers arrivent en tenue de travail et avec le drapeau de leur syndicat. Ce soir des salariés de RioTinto sont présents mais également les ouvrières de Lejaby ainsi que ceux d’Arkema rencontrés dans l’après-midi.

C’est Danielle Obono, porte-parole de Convergences & Alternative et coordinatrice des Assemblées citoyennes du Front de Gauche, qui prend la parole en première. Elle revient sur les sommes faramineuses offertes aux plus riches depuis que la droite est au pouvoir. Pendant ce temps, le peuple, lui, subit de plein fouet la casse de l’éducation, du système de santé, de l’ensemble des services publics. Danielle Obono décrit la Révolution citoyenne que nous appelons de nos voeux et rappelle qu’il est urgent de  » dégager Sarkozy et sa clique une bonne fois pour toutes « .

Puis c’est au tour de Pierre Laurent, Secrétaire national du PCF et président du Parti de la Gauche Européenne, de prendre la parole. Il appelle immédiatement à une mobilisation sociale, politique et électorale. Mais Pierre Laurent fixe également un objectif essentiel pour le peuple de gauche : faire échec au nouveau traité que Sarkozy et Merkel cherchent à imposer de force. Le peuple a réussi à faire barrage au TCE en 2005, il gagnera de nouveau contre le traité Merkel/Sarkozy. Pierre Laurent annonce les prochaines dates de mobilisation : un rassemblement devant l’Assemblée nationale, le 14 février, jour du vote de la TVA version Sarkozy. Puis une seconde mobilisation le 21 février lors du vote du Mécanisme européen de stabilité. Le 29 février, la mobilisation sera encore plus grande puisqu’il s’agit de répondre à l’appel de la Confédération européenne des syndicats. Fin mars marquera la naissance d’un Sommet européen alternatif initié notamment par le PGE. Enfin, le 22 avril c’est grâce au bulletin de vote Mélenchon que nous pourrons faire obstacle au projet Merkel/Sarkozy.
Au moment où Jean-Luc Mélenchon prend la parole, 10 000 personnes sont présentes au Double Mixte. Quel succès. Le candidat du Front de Gauche introduit son discours en réagissant aux temps d’antenne relevés par le CSA depuis le premier janvier : le PS et l’UMP ont eu le droit à plus de 70% du temps d’antenne. La réponse de Jean-Luc est claire : « Chaque fois qu’on nous demande si nous sommes crédibles, nous répondons « rendez nous plus audibles et vous verrez bien. »

Jean-Luc a conçu son discours comme un véritable moment d’éducation populaire. L’objectif est clair. Chacun doit ressortir du meeting armé d’arguments pour mener la belle campagne collective du Front de Gauche. Tout le monde écoute attentivement dans la salle. Certaines personnes demandent même aux techniciens de la régie de parler moins forts afin de bien suivre le raisonnement des arguments présentés. Jean-Luc explique en détail la casse de la hiérarchie des normes qui protégeait jusqu’à présent les salariés français. La droite a, en effet, fait voter la semaine dernière une proposition de loi qui fait qu’un accord d’entreprise signé s’impose à l’ensemble des salariés même si les dispositions qu’ils proposent sont moins favorables que ce que prévoit la loi. Il s’agit d’un recul en arrière de près d’un siècle. 
Jean-Luc présente également les premières mesures que le Front de Gauche prendra. En 48 heure, il est possible de titulariser l’ensemble des 850 000 précaires de la Fonction publique. Un décret sera également pris pour limiter à 5% les contrats autre que les CDI dans les entreprises (10% dans les PME).

Le Front de Gauche mène la bataille contre le FN depuis plusieurs semaines. Ce soir, Jean-Luc démonte un à un les idées reçues en confrontant les mesures proposées par Marine Le Pen et ce que nous défendons.
L’innovation étant permanente au Front de Gauche, Jean-Luc termine son meeting en lisant une page entière des Misérables. L’ensemble de la salle est touché par la beauté du texte de Victor Hugo et l’actualité du propos pourtant écrit il y a 150 ans.
Jean-Luc donne rendez-vous à tout le monde le 18 mars, place de la Bastille, pour un grand rassemblement appelant à une VIe République, la république de la souveraine populaire accomplie.
10 000 personnes chantent l’Internationale puis la Marseillaise le poing levé. Tout le monde repart armé et motivé pour mener le combat.

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