Crise : Comment la pauvreté a rattrapé les classes moyennes

Posté le 2 février 2012 par Place au Peuple dans LE MONDE EN MOUVEMENT, S'INFORMER



Crise : Comment la pauvreté a rattrapé les classes moyennes

La hausse du chômage risque de pousser vers l’exclusion sociale près d’un quart des Européens, dont le niveau de vie était jusqu’à présent décent. Un phénomène qui compromet la lutte contre la pauvreté dans l’Union. Par María Antonia Sánchez-Vallejo pour El Pais.

Dimitris Pavlopoulos touche une pension de 550 euros par mois et dépense presque 150 euros en médicaments. La restriction des aides qui contribuaient au paiement de ces frais l’oblige à choisir entre un litre de lait (1,50 euro) et l’une de ses prescriptions, car il n’a pas les moyens de faire face à ces deux dépenses.

Manuel G. est un chômeur de longue durée qui regrette les débuts de la crise, lorsqu’on pouvait encore espérer gagner 1 000 euros. Cela fait trois ans que cet employé de bureau a perdu son travail et il ne touche plus d’allocation chômage. Sans le soutien économique de sa famille, il loue une chambre et fait appel aux soupes populaires et aux vêtements distribués par une ONG.

Voilà les victimes de la crise : les tranches de la société qui, encore récemment, faisaient partie de la classe moyenne, ou même de la moyenne inférieure, sont désormais les nouveaux pauvres. Les personnes qui doivent choisir entre prendre un repas chaud par jour ou chauffer la maison, rembourser leur emprunt immobilier ou acheter à manger.

Ce sont là des exemples qui remettent complètement en question l’image traditionnelle de la pauvreté, associée à la mendicité : aujourd’hui, la pauvreté fait de plus en plus partie de la normalité. “Ceux qui étaient autrefois bénévoles sont désormais des bénéficiaires,” explique Jorge Nuño, secrétaire général de Cáritas Europa.

En 2009, selon les indicateurs de pauvreté et d’exclusion sociale de l’Union européenne, il y avait sur le territoire des Vingt-Sept 115 millions de personnes à risque (soit 23,1 % de la population). “Sans compter les 100 ou 150 millions d’autres qui sont sur le fil du rasoir, précise Jorge Nuño, car 2 mois de chômage et une hypothèque suffisent à anéantir qui que ce soit.”

En 2007, 85 millions d’Européens (17 % de la population) vivaient sous le seuil de pauvreté relative. Parmi les pays concernés, on trouve la Grèce, l’Espagne ou l’Irlande, “mais aussi la France, l’Allemagne et l’Autriche,” note Jorge Nuño.

Chaque exemple révèle le même engrenage : l’endettement familial, la disparition des subventions des États-providences ou les emplois précaires, comme les millions de postes qui ont disparu dans le secteur du bâtiment en Espagne.

Les jeunes, nouvelles proies de la pauvreté

Comment mesure-t-on la misère ? Il y a deux types de pauvreté : modérée ou relative (60 % du revenu médian du pays), et grave (40 %). “La majorité des personnes pauvres s’éloigne de plus en plus de ce seuil.

Les pauvres s’appauvrissent et les soupes populaires accueillent des gens qui n’avaient jamais dû y venir auparavant. Les chiffres de la pauvreté ont augmenté de façon spectaculaire chez les enfants – un petit Espagnol sur quatre est confronté à la pauvreté – et un peu moins chez les immigrants et les jeunes,” explique Paul Mari-Klose, sociologue au Conseil supérieur de la recherche scientifique.

“Il s’agit de privations, de cette impossibilité de boucler les fins de mois, ou de manger de la viande moins de deux fois par semaine. En Espagne, comme en Grèce, au Portugal ou en Italie, la pauvreté s’est aggravée plutôt que généralisée, et elle cible des groupes particuliers.

Pendant la croissance économique, de nombreux jeunes se sont émancipés de façon précoce et se retrouvent maintenant dans des situations difficiles. En Islande, la pauvreté a augmenté de façon spectaculaire et surtout chez les jeunes”, ajoute Paul Mari-Klose.

Selon les statistiques d’Eurostat sur la pauvreté et l’exclusion, la crise rapproche des pays comme le Portugal, l’Irlande, la Grèce et l’Espagne, ainsi que les pays de l’Est qui ont récemment adhéré à l’UE, mais aussi des couches de plus en plus importantes de la population d’États plus robustes, ainsi que des modèles de l’État-providence qui ont coulé, comme l’Islande après la faillite de son système bancaire.

La moyenne européenne cache toutefois d’importants écarts. Selon Eurostat, ce chiffre est multiplié par deux en Bulgarie (46,2 %) et en Roumanie (43,1 %).

A l’autre extrémité du spectre, on trouve la République Tchèque (14 %), les Pays-Bas (15,1 %) et la Suisse (15,9 %). Avec 23,4 %, l’Espagne se trouve dans une position intermédiaire, ce qui lui permet de passer inaperçue : pourtant, le risque structurel (environ 20 % en 2007) associé au déficit de la sécurité sociale et aux taux records de chômage (22,8 %) augurent d’un avenir peu encourageant.

Les enfants et les personnes âgées, les femmes et les immigrés sont traditionnellement les groupes les plus à risque : l’âge, le sexe et l’origine ethnique sont des facteurs aggravants de la pauvreté.

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A voir: découvrez un documentaire d’Arte très intéressant sur les classes moyennes et la peur du déclassement social.

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