Dans les coulisses du service d’ordre

Posté le 22 février 2012 par Place au Peuple dans AU COEUR DE LA CAMPAGNE, S'INFORMER



Dans les coulisses du service d’ordre

Pour assurer la sécurité des militants, sympathisants, et autres curieux venus voir s’exprimer les représentants du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon en tête, il faut une organisation importante. Louise, militante du Parti de gauche Paris 14e a vécu sa première expérience au sein du service d’ordre lors du meeting de Villeurbanne. Récit.

Villeurbanne, 7 février.15h30. Il fait un froid glacial. De l’arrêt du tram au Double Mixte juste le temps de vérifier mon portable. Les drapeaux et les affiches flèchent le chemin. Direct à l’accueil, je donne mon nom, mon comité et pourquoi je suis là. Un SMS pour prévenir Claire qui doit être déjà sur le feu !

Munie de mon badge je fais le tour des lieux. Je ne sais pas encore où je vais être affectée. j’en profite pour descendre acheter deux livres au village militant dans la salle du bas qui comporte la buvette, des chaises, un pupitre et des écrans géants.

Des camarades sont postés à différents endroits. Une salle en haut, quelques gradins, la sono au milieu, la scène principale. Je me demande comment on va gérer deux salles! Retour dans le hall, je vois tout le monde tendre le cou. C’est Jean-Luc qui arrive, pas de bousculade, chacun est à sa place. Il salue tout le monde et disparaît. Je continue ma visite. Au sous sol briefing en salle de presse. A coté je reconnais des camarades, les salue. A ce moment, un rappel pour que tout le monde reste à sa place, Jean-Luc va en conférence de presse. Il serre la main des camarades sur son passage et je suis sur le chemin. Une poignée de main et je lui donne un franc bonjour! Claire m’a vue et me recommande à Pierre « chef du SO à l’oreillette ». Voilà je suis prête pour le job! Et me voilà affectée à l’escalier à droite de l’entrée. Je sais que je ne verrai pas le meeting mais c’est un choix. Nous sommes 4 et nous devrons selon les consignes laisser descendre ou non les personnes dûment munies de leurs badges. Il est 16h30. Jusqu’à 18h30, ce sera facile. Personne hormis la presse qui a en bas son matériel ne doit passer. Une personne sans le badge presse se présente, je l’arrête, un type me dit fermement, laissez passer, je m’exécute et vois le badge invité. Oups, oups, erreur! J’apprends! Pendant ce temps petit à petit le hall se remplit. La consigne quand les portes vont s’ouvrir est de faire descendre le public dans la salle du bas où il pourra rencontrer les militants et les associations et prendre un verre ou une soupe chaude à la buvette. La consigne est précise. Au début les gens descendent gentiment, le SO prend un peu de place pour restreindre le flot, on fait attention à ce que personne ne se bouscule dans l’escalier. Il y a une rampe heureusement pour certains. Mais une fois en bas, à la vue des écrans géants certains remontent, ils veulent le voir en vrai le candidat! Ils sont venus de loin, ils ont attendu dans le froid. Et on leur a dit en bas que c’était mieux en haut!…. Alors nous on dit : la salle du haut ce sera debout et les portes ne s’ouvriront qu’à 19h30, en attendant descendez et vous verrez Mélenchon en bas, car il commencera par une prise de parole en bas. Et on gère le flux et le reflux, à ce moment je l’avoue j’ai eu peur. La tension monte, certains se sont perdus, ont perdu leur amis. Le hall se remplit de ceux qui veulent aller en haut et de ceux qui attendent on ne sait quoi. A un moment je suis bousculée et comme je portais la voix pour faire avancer et dégager le hall, je m’entends dire « dégagez » au type à coté. Il le prend mal. Il a raison. Je le lui dis. Je m’époumonais en boucle et la boucle s’est coincée. Il comprend. Il retrouve ses potes et nous nous quittons bons amis! Ouf!

La foule à l’extérieur grandit. Il faut dégager le hall. Je récupère un mégaphone, je m’en sers ! Je répète ses consignes.

Quand le meeting commence, les gens continuent encore de rentrer et il y encore des centaines de personnes dehors par moins quinze! Les pompiers ne veulent plus faire rentrer de monde. La capacité maximum est atteinte! Dehors ça caille et ça pousse. Le SO, vite aux portes! Empêchez à la fois que les personnes rentrent et tentez même des les faire reculer pour dégager les portes. Il faut leur parler. Laetitia doit sortir leur parler. Comme j’ai le mégaphone je l’accompagne. Je le tiens haut (pas facile, vu ma taille mais justement on nous fait place…) pour que l’on puisse l’entendre.

Sécurité, pompiers, plus de places… Aie, la déception est grande! Et personne ne veut bouger. Dans la nuit glaciale, des gens déterminés, tous âges, tous frigorifiés mais enthousiastes, une maman et sa petite fille, Laetitia les fait entrer. On parlemente encore, on ne voit pas le bout de la foule et tous persistent à rester. On referme les portes. Et Pierre revient avec l’idée! A mettre en oeuvre très vite: démonter le village militant pour faire de la place. Vite dehors, Laetitia parlemente encore, calme, explique qu’il y sans doute une solution, mais il ne faut pas la donner tout de suite, attendre d’être sure et surtout éviter la bousculade. Ca y est la consigne arrive, c’est bon on peut faire rentrer. Mais une seule porte ouverte à la fois, un cordon de SO pour canaliser vers le seul escalier accessible. On s’arrête quand le sas est plein et l’escalier pas dégagé. On remplit, on ferme la porte, on dégage, on ouvre etc…..A chacun un mot gentil, merci d’avoir patienter, bienvenue au chaud ! En bas soudain, c’est plein, on ne peut plus faire descendre. Stop. Toujours une décision rapide. On en fait monter quelques uns vers la salle du haut. Mais certains s’inquiètent de ne pas retrouver leur proches qui sont descendus. Les amener gentiment à monter tout de même….

C’est long, ils en entrent toujours mais combien sont-ils dehors? On n’a pas pu voir. Au compte goutte, on reprend l’escalier du bas, l’accès a été dégagé. Au final juste deux personnes très énervées dans les derniers, mais bon, normal, tant de tension et d’attente….Et ce froid! Je n’ai pas quitté mon manteau de l’après midi.

Il est plus de 21 heures, 22 peut être? On souffle enfin et nous tous dans le hall on crie hourra d’avoir réussi !

Je peux aller faire un tour dans la salle, prendre un peu le pouls et surtout une boisson chaude. La buvette est fermée mais un camarade a pitié de mes mains glacées et me donne un thé.
Retour au pied des escaliers. Quand Mélenchon parle, toujours du monde qui veut monter pour le voir « en chair et en os ». Pas question nous a -t-on dit. On s’y tient. On prévient ceux qui prennent notre escalier qu’ils seront bloqués pour monter! Rares sont ceux qui vont y voir eux mêmes. Pas trop de déception. Ils redescendent.

Dernière consigne, à la sortie, deux par deux avec les drapeaux pour appeler au soutien financier. Les gens sortent peu à peu, avant la fin, surement échaudés par les difficultés à leur arrivée. (Il parait que sur le parking cela a été de même, la foule et les embouteillages qui vont avec!). Nous sommes là, plusieurs drapeaux, on interpelle, « un euro par un euro, une voix par une voix, on gagnera », on remercie, on fait un choeur, « pour résister à la finance, financer la résistance, soutenez la campagne du Front de Gauche! », on promet qu’avec plus d’argent on louera le palais de sports et qu’on aura plus à attendre dans le froid, sourires et complicités, les pièces et les billets tombent! Voilà il est presque minuit, je n’ai plus de voix, je dis au revoir aux camarades lyonnais, on se voit à Paris à la Bastille!

4 Commentaires »

  1. reginald 24 février 2012 à 20 h 38 min - Répondre

    salut louise
    c’est vrai que « ça caillait » mais le meeting nous chauffé à bloc…
    les votes se gagnent un à un et Jean Luc bosse bien
    ha ça ira….
    ouais…ça va aller sans rien lâcher!!!

  2. Pascal 22 février 2012 à 20 h 27 min - Répondre

    Belle réaction et initiative dans un moment pareil..! Bravo

  3. PRUVOT 22 février 2012 à 19 h 53 min - Répondre

    Bravo à tous les militants qui ont contribué à la réussite de ce grand meeting. Le FDG est victime de son succès. Nous étions 10 000 et des camarades n’ont pu accéder et sont retournés dans les cars. C’est du jamais vu depuis 30 ans. Bravo à votre réactivité, ce n’est pas évident de gérer 10 000 personnes quand on en attend 6 000.
    Tous les meetings sont à l’image de celui de Lyon, combatif, plein d’espoir, de volonté de changement et débordant de vitalité. On en lache rien.

  4. vaillant 22 février 2012 à 15 h 50 min - Répondre

    émouvant,Louise,ce que vous nous relatez!