L’accès aux services publics devient un enfer à Lisbonne. Devant les centres de Sécurité sociale, les plus courageux arrivent à l’aube pour espérer être reçus. Un journaliste de l’Expresso leur a tenu compagnie. Par Hugo Franco pour le journal Expresso. Traduction : Courrier international.
L’astuce de la femme obèse a fait long feu dès l’entrée dans le Centre de Sécurité Sociale d’Areeiro [un des centres destinés aux habitants de Lisbonne]. Bien qu’apparue, l’air malade, en train de boîter avec une béquille, elle a commis une erreur de base : cesser de boîter à mi-chemin de la distance la séparant du comptoir d’accueil. L’agent de sécurité a vite compris et l’a empêchée de récupérer un ticket prioritaire qui lui aurait permis de passer devant plusieurs centaines de personnes, alors que la queue dans la rue courait sur des centaines de mètres. Il était environ 9 heures du matin. [En six ans, la Sécurité sociale a réduit son personnel de 5 000 postes]
« Le coup de la béquille est assez classique. Mais c’est aussi l’un des plus faciles à débusquer » souligne un employé qui reçoit tous les jours une centaine de personnes venant régler des dossiers tels que leur allocation chômage ou l’allocation handicapé. Voici quelques mois, une autre femme a été découverte avec un bébé en plastique dans la couverture censée le protéger. D’autres usagers viennent avec les bébés de leurs voisines. “On a des doutes sur des mères qui viennent nous voir mais que faire ? Prétendre que ce n’est pas leur enfant ? »
Au centre d’Areeiro, il y a deux façons d’augmenter ses chances de s’asseoir face à un conseiller : soit en trompant les employés pour passer avant les autres, soit en venant à l’aube. Il est 7h30 ce matin, et Rosa Augusto, 35 ans, tente de résister au froid en s’enroulant dans une couverture. « J’en ai marre de venir m’occuper des allocations familiales et de repartir les mains vides. Aujourd’hui, je me suis levée à 4 heures et je ne partirai pas avant que tout soit résolu ». A ses côtés, Maria de Sá, 42 ans. Elle est arrivée devant le centre à 5 heures, après avoir pris deux bus. Maria va émigrer en Allemagne dans les jours qui viennent et a besoin de toute urgence de sa carte européenne d’assurance maladie. Son « salaire de merde » de caissière ne lui permettait pas de nourrir correctement ses trois filles. Ses derniers espoirs se sont évanouis avec l’augmentation des impôts et des prix. « Je n’ai rien de concret en vue, mais je suis déjà inscrite dans une agence pour l’emploi à Munich ». Derrière les deux femmes, les premières arrivées ce jour-là, plus de 300 personnes attendent : immigrés, retraités et chômeurs majoritairement. Malgré le grand nombre de personnes dans la rue, le silence est quasi général. On entendra seulement un léger murmure à l’ouverture des portes à 9 heures quand la longue queue commencera à entrer au compte-gouttes.
Lire la suite sur courrierinternational.com









