Réponse de Jean-Luc Mélenchon au collectif « Contre le viol »

Posté le 26 janvier 2012 par Place au Peuple dans LES PRISES DE POSITION



Réponse de Jean-Luc Mélenchon au collectif « Contre le viol »

Jean-Luc Mélenchon répond aux interrogations de mouvements féministes sur le viol et les agressions sexuelles.

Madame,

Je tiens tout d’abord à vous remercier de mener cette campagne comme vous le faites depuis plusieurs mois, et de vous battre pour faire de l’égalité entre les femmes et les hommes un thème de campagne pour 2012, comme il mérite de l’être.

La lutte contre les violences faites aux femmes, la parité, l’égalité professionnelle et la profonde remise en question des stéréotypes de genre sont autant d’éléments cruciaux pour venir à bout d’une société patriarcale et profondément inégalitaire. Le viol est le fruit d’un sexisme violent qui, en s’exerçant dans ces diverses sphères, produit une société de dénigrement et de violences envers les femmes qui n’est pas tolérable dans une République progressiste, donc féministe.

Le viol n’est pas une fatalité. Comme tous les maux, il peut être analysé et efficacement combattu. Par conséquent, je rejoins l’ensemble des revendications que vous avez rendu publiques sur le site de votre campagne contre le viol et souhaite préciser ma réponse à travers ces engagements.

Des moyens financiers seront notamment débloqués pour que soient réalisé-e-s :

- La proposition de loi-cadre contre les violences faites aux femmes, incluant les propositions élaborées par les associations du mouvement féministe.
- L’attribution aux associations féministes de moyens financiers en fonction des besoins recensés chaque année, afin qu’elles conservent les missions de service public auprès des victimes. Il est hors de question que l’État se désengage. Si des missions de service public sont transférées aux collectivités territoriales, le budget doit suivre !
- La mise en place d’un Observatoire national des violences qui étudie, impulse et évalue les politiques menées.
- La prise en charge de tous les soins à 100% par la sécurité sociale, ce qui inclue donc le cas des victimes de viols.
- Le statut de réfugiée pour toute femme demandant l’asile, étant victime de violences sexistes, sexuelles ou lesbophobes.
- La mise en place d’un nombre suffisant de lieux d’accueil adaptés (soutien psychologique, juridique) et l’augmentation du nombre de logements dédiée aux femmes victimes de violence, à travers une réelle politique de logements prioritaires pour les femmes en danger.
- Le renforcement des dispositifs de prise en charge des femmes victimes de violences dès l’accueil dans les commissariats par des personnels formés à cet effet.

Pour ce qui est de la formation des professionnel-le-s :

- Une formation spécifique et obligatoire en matière de prévention 
pour tout-es les professionnel-les concerné-es.
- La formation spécifique à l’approche genrée des enseignant-es, des travailleurs sociaux, des acteurs de la formation professionnelle et des fonctionnaires.
- Le renforcement de l’éducation sexuelle à l’école en donnant les moyens suffisant à l’Éducation Nationale et à ses partenaires associatifs.

En ce qui concerne le volet informatif et préventif :

- La mise en place de campagnes d’information, de sensibilisation et de prévention permanentes réalisées par les pouvoirs publics.
- La mise en place d’une politique de prévention fondée sur l’intégration dans les programmes scolaires d’une véritable éducation à la sexualité, à l’égalité entre filles et garçons, à l’analyse de la problématique de l’égalité femmes/hommes, et d’une sensibilisation aux questions sur le genre. Il faudra pour cela dédier des enseignements spécifiques à ces questions.
- La condamnation des publicités véhiculant une image de la femme en tant que mère au foyer ou objet sexuel.
- Et en ce qu’elle émet aussi un signal normatif et éducatif dans la société : L’interdiction de l’achat de tout acte sexuel, en pénalisant les clients prostituteurs, après une campagne nationale d’information d’au moins un an sur le système prostitutionnel.

Enfin, pour ce qui est de votre dernière question concernant le volet judiciaire, le Front de Gauche compte mettre en place une politique pénale pour mieux réprimer les délits et les crimes d’agression sexuelle et de viol. La libération de la parole des femmes est aussi, comme je l’ai beaucoup rappelé à l’occasion des diverses commentaires qui ont été faits sur l’affaire DSK, un enjeu important. Les femmes ne doivent jamais avoir l’impression que les faits qu’elles dénoncent ont peu de chances d’aboutir à des enquêtes et à des poursuites par le Ministère public, ou qu’elles subiraient de graves conséquences si elles se résolvaient à porter plainte, sans pour autant trouver justice. A cet égard, et vu sa portée médiatique, la non-poursuite de DSK a eu un effet déplorable sur les femmes qui hésitaient à franchir le pas. Il faut que chaque plainte fasse l’objet d’une enquête systématique, afin d’augmenter le nombre des poursuites et assumer que la vérité judiciaire soit déterminée par un procès !

Nous nous engageons à accroître la répression des agressions sexuelles et du viol, en luttant contre l’impunité dont jouissent trop souvent les coupables et en améliorant la capacités des professionnel-le-s de l’enquête policière à établir des preuves.
Le viol étant un crime, les jugements se feront exclusivement en Cour d’assises.
Nous proscrirons toute correctionnalisation fondée sur l’objectif de désencombrement des tribunaux, bien que la pénurie judiciaire ait aujourd’hui des conséquences désastreuses comme c’est le cas pour les prud’hommes, car il n’est pas tolérable que l’administration de la justice remette en cause l’éventualité d’un procès dans la juridiction déterminée par la loi.
Nous prévoyons également le changement dans le code pénal et le code du travail de la définition du harcèlement sexuel, s’appuyant sur celle de l’Union Européenne, « comportement non désiré à connotation sexuelle ».
Enfin, la correcte répression implique aussi de recourir à des peines personnalisées qui doivent être assorties, le cas échéant et dès que nécessaire, d’un suivi socio-judiciaire accompagnés de soins.

Pour conclure, je tiens à rappeler que nous ne considérons en rien le phénomène du viol comme étant marginal, relevant de la pulsion, du psychologique ou du pathologique, mais bien comme étant une manifestation révélatrice du fait culturel de la domination masculine. C’est pourquoi nous nous attellerons à mener à bien le projet ambitieux d’une société dans laquelle les représentations différencialistes et rétrogrades des genres, qui présentent l’homme comme un être dominant, à la sexualité active et irrépressible, valorisé par l’agressivité, tandis que la femme serait un être passif et naturellement soumis, n’auront plus leur place.

Je vous prie de croire, Madame, en l’expression de mes cordiales salutations.

Jean-Luc Mélenchon